28 mai 2008
Ceci n'est pas une caricature.
Bonsoir mon cœur,
J’espère que tu as pensé à moi, aujourd’hui. J’espère que tu havais hâte. Je sais, ta journée a été longue. Tu as eu à supporter des gens ? Tu as eu des rapports humains ? Je sais, tu n’es pas très bavard. Tu as raison, laisse donc parler ceux qui savent.
Je sais que l’on est bien, ensemble.
Je sais que tu devrais moins réfléchir. Tu as terminé tes légumes verts ? Je sais que c’est bon pour toi. Oh, et tu devrais songer à acheter, un peu. Achète ! Achète… Tu as vu ce qui leur arrive, aux gens de l’autre bout du monde ? Tu vois bien qu’il faudrait arrêter de te plaindre, un peu. Je sais qu’il fera beau, demain, vent léger ouest-sud ouest, tu seras bienheureux, on fêtera les Germain. Allez, ACHETE, Et distrais toi un peu, là.
Distrais toi, je te dis. Ceci n’est pas une simulation. Et sois citoyen, un peu, pendant que tu y es, et entretien ta cafetière, et souviens-toi qu’une femme n’est pas un homme. Pense aux jantes alliage.
Je sais que tu sais que tu me regarde me regarder savoir, et je m’en fous.
Tu ferais mieux d’acheter. Je sais qu’une femme porte un gloss extra-shiny, même quand elle lèche la moquette. Je sais que l’on est pas obligé de connaître le mot « pinacothèque ». Je sais que l’humiliation n’a jamais fait de mal à personne, je sais qu’elle est le prix de la notoriété. Je sais, je sais. Achète, mon cœur !
Tu es incomplet ! Restes à distance !
Je sais qu’il est temps de te mettre au lit. Nous nous reverrons. Très bientôt.
A demain, mon cœur de cible.
A demain, téléspectateur.
(Déclamé le mardi 27 mai 08 en slam session au Grand Café, Poitiers.)
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